Image extraite de Toupoil Le Chien Loutre — Serge Monfort

Ainsi, il est dit.

Vous serez encore quelques millions de plus, d’ici la fin de l’année, à tripoter, avec vos petits (ou gros) doigts agiles (ou pas), une tablette tactile ou un smartphone.

Pour la plupart, vous ferez certainement la découverte de votre nouvel univers en commençant par reprendre ce qui vous était familier déjà sur votre ordinateur, le web, les mails, quelques documents, de la musique, des vidéos, des films pourquoi pas ?

Quasi aucun d’entre vous ne pensera d’emblée à lire une BD sur sa tablette !

Normal, l’outil est bien au dessus de ça, on peut tellement qu’on en oublie que qui peut le plus peut aussi le moins. Mieux même, le moins à encore moins cher ! Oui, je sais, j’entends d’ici la vieille garde crier au blasphème, Aaarrhg ggnnniiii, la BD, mais c’est du papier, comment pourrait-ce être autrement ? Et pourtant…

C’est l’aspect incidieux des ordinateurs et du numérique en général : c’est aussi et surtout un vaisseau moderne pour organiser divers marchés de biens dématérialisés à travers le monde. Et les fans de musique l’ont bien adopté, rapidement, envers et contre tous, pour la musique mais aussi pour les films, les livres, et donc la BD…

Ainsi, lecteur, tu seras nouveau, à la marge, et peut-être n’auras-tu jamais ou très peu acheté de BD en papier avant d’acheter ta première BD numérique. Inaltérable, inépuisable, indestructible (ou alors toute la planète avec elle !), elle te charmera par son prix bien inférieur à sa version matérielle et l'aspect "lumineux" des planches éblouira ta surprise d'un plaisir éclatant.

Mais si tu es vraiment très riche (et donc matérialiste), tu pourras aussi continuer de craquer pour le papier, version luxe et tellement fragile qu’il te faudra en prendre grand soin, un trésor à protéger que tu ne pourras pas toujours emmener partout comme la version numérique, pour la montrer à d’autres ou la relire à loisir, où que tu sois.

Ainsi il te sera aussi possible de trouver, alors même que la version papier est épuisée, des BD qui avaient échappé à ta sagacité, ou bien même des BD numériques qui n’ont encore jamais eu de version matérielle !

Parfois on reste léger toute sa vie, et l’art ne s’en porte pas plus mal.

Ainsi c’est par les marges que tiennent les pages d’un livre, numérique ou pas. Et vous aussi les auteurs, vous êtes pour l’instant à la marge, voire entre deux marges, car souvent, encore trop souvent, votre éditeur craint le numérique et redoute probablement de voir ses ventes s’écrouler et de devoir détruire encore plus de ses stocks. Mais pourquoi tant de stocks ? Des rêves en provision, en prévision ?

Votre éditeur ne voit pas « la valeur ajoutée » d’une version numérique ? La partie « noble », dans le papier, s’en serait allée avec les pixels, le papier ne rentrait pas dans un fichier ? La charge émotionnelle de l’œuvre était uniquement dans le papier mais pas dans l’encre déposée (mais pas numériquement !) qui représentait l’œuvre dessinée de vos mains ?

Il est dit. Le papier ne sera pas remplacé, mais le numérique sera irrémédiablement le média dominant, parce que facile et disponible, progressivement plus que le papier, et tellement plus vite. La vie de l’un ne sera pas la mort de l’autre, car le déchu continuera longtemps de s’alimenter du promu, et d’en faire son miel pour le bien des plus riches.

Auteurs, si vous hésitiez encore, vos ouvrages nous intéressent, qu’ils soient ou non publiés en papier, épuisés ou non retirés. Un succès numérique vaut bien un succès papier, il suffit parfois juste de tenter le coup !